Aux origines du pragmatisme : John Dewey et les défis éthiques de l’éducation

(Par Rémi Robert, doctorant)

Aux origines du pragmatisme : John Dewey et les défis éthiques de l’éducation

L’œuvre du philosophe américain John Dewey (1859-1952) aborde la problématique de l’éducation morale par l’entremise du concept d’«expérience» qu’il définit de façon détaillée dans son livre Éducation et société publié en 1899. Ce livre suscite la question suivante : y a-t-il une continuité entre l’organisation scolaire et académique permettant aux étudiants de développer des aptitudes et des connaissances adéquates pour réfléchir la citoyenneté? Autrement dit, comment les étudiants peuvent-ils apprendre sans mémoriser machinalement ce qui leur est enseigné? C’est-à-dire comment l’éducation à l’éthique est-elle possible sans se résumer à l’exposé des règles et des normes qui s’expriment dans nos comportements?

Premièrement, l’expérience se définit concrètement par un ensemble de relations situationnelles et d’actions interactives entre un être humain pris dans sa totalité et son environnement naturel et culturel. Cette expérience représente une situation où l’être humain a, d’une part, à subir l’environnement et, d’autre part, à le connaître pour mieux planifier son action. Il s’agit d’un exercice de confrontation où l’individu s’approprie le problème auquel il doit faire face en déployant des solutions adaptées, constructives et judicieuses. Le but est de mobiliser ses capacités, ses aptitudes et son intelligence.

Cette notion d’expérience est une situation de transaction entre l’homme et son milieu. C’est précisément cette situation qui représente le critère de vérité, qui est toujours à refaire, à renouveler et constitue le point de jonction existentiel entre l’homme et son monde. Selon Dewey la fin n’est jamais absolutisée car l’expérience anticipée et vécue est toujours à refaire, à renouveler : la concrétisation d’un projet doit en amener un autre; pour ce faire la philosophie doit détecter, éclairer, clarifier l’expérience que l’homme anticipe de concrétiser; l’individu n’est pas la créature d’un seul projet, d’une seule ambition. Il est une fin projetée.

De plus, l’expérience est un processus durable où la conscience ne cesse d’être présente, vivante et agissante; c’est une situation de transaction entre l’environnement qui soutient l’homme et l’être humain qui modifie continuellement l’environnement; elle permet de donner des significations au monde et donner à l’être humain la possibilité de se définir comme personne. Dewey affirme que l’«enquête» est situationnelle, elle détermine la ou les «fins-en-vue». Ces fins ne sont jamais prises comme des absolus; elles appellent au renouvellement. La solution d’un problème est donc toujours «solution-en-vue». L’homme se construit dans la continuité puisqu’il ne peut connaître sa fin absolutisée.

Finalement, Dewey définit l’éducation comme un processus de vie personnelle en continuité avec la vie sociale. C’est parce que la continuité sociale est menacée que l’individu prend conscience d’être un sujet social, autonome et responsable envers les autres. Ainsi, pour le philosophe, penser, c’est reconstruire. L’homme doit utiliser et réutiliser les connaissances qu’il adapte à la situation à laquelle il se confronte, et l’école doit permettre de construire les connaissances et contextualiser chaque individu dans un milieu culturel.

Le pragmatisme de John Dewey défend l’idée que la mémorisation des apprentissages n’est pas l’approche à préconiser à l’école. En construisant ses connaissances et son jugement critique, l’apprenant ne peut se camper dans le béhaviorisme et sa relation mécanique entre la situation et le comportement approprié, puisqu’il a toujours besoin d’adapter ses connaissances en fonction du milieu ou de la situation qui se présente à lui. C’est, avant de poser la question de savoir ce que nous faisons, poser celle de ce que nous apprenons.

De manière succincte, la citoyenneté responsable est l’action commise ou justifiée en fonction du rôle que l’individu revendique d’incarner, non pas l’application machinale d’une théorie abstraite.

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